# DE LA SILVER ECO À LA SILVER AND CO

Du modèle économique et financier, au modèle du « vivre ensemble » et du « vivre avec ».

La société vote en décembre 2015 la loi vieillissement qui se voit appliquée dès janvier 2016. L’idée : permettre à la personne avançant en âge de continuer à participer à la vie active, permettre aux personnes âgées de rester acteur de la société.

Deux ans plus tard, on fait le point

Transition démographique, augmentation constante du nombre de personnes âgées, papyboomers… La Silver Economie, fréquemment renommée « Silver Eco », pour un peu plus de pep’s, est entrée dans les moeurs. Les cheveux argentés des personnes âgées ont bien fait leur effet, quant au terme économie, il porte tout son sens. Les entreprises fleurissent, les acteurs se multiplient, les opportunités sont nombreuses, la Silver Economie est ce qu’on peut appeler un « marché porteur ».

Mais attention… N’oublions pas que les personnes âgées restent le centre névralgique de la Silver Economie. Les personnes âgées : des êtres humains à part entière, des mémoires vives, riches et variées.

ALOGIA souhaite aujourd’hui mettre le hola, et porter la Silver Economie raisonnable qui se positionne aux antipodes de la « Silver Economie paillettes ». Alexandre PETIT, fondateur et président d’Alogia et Nadia SAHMI, architecte DPLG, passionnée de psychologie et de sociologie, vous proposent une version actualisée de la Silver Eco, mixant la réalité du quotidien d’une personne avançant en âge, aux enjeux économiques de la société.

Welcome dans l’ère de la Silver and Co.

ALEXANDRE PETIT
Fondateur & Président d’ALOGIA

« Une volonté profonde d’entreprendre et d’impulser le changement »

Le respect des personnes âgées, Alexandre en a fait son leitmotiv quotidien. En juin 2014, il crée Alogia, une startup spécialisée dans l’ergonomie de logement et les nouvelles technologies pour personnes âgées. Quatre ans en plus tard, il est à la tête d’une équipe de 8 personnes, pluridisciplinaires et motivées plus que jamais à défendre les valeurs de la startup. « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde » : c’est dans cet état d’esprit qu’Alexandre construit son quotidien, en mixant persévérence et innovation.

NADIA SAHMI
Architecte DPLG – Cogito Ergo Sum

« Passionnée de psychologie et de sociologie depuis toujours. »

Du beau pour faire du beau ? Non, absolument pas. Nadia Sahmi souhaite faire du beau pour l’Homme et à travers l’Homme. L’Homme avec un grand « H » vous dira t’elle. L’Homme comprenant la femme, l’enfant, le pauvre, le jeune, le moins jeune l’ancien, le fragile.
C’est là, selon Nadia, que le métier d’architecte devient intéressant : « c’est en faisant « pour », « par » et « avec » l’Homme que nous pouvons faire de notre métier quelque chose de beau, que nous pouvons donner du sens à ce que l’on fait et se faire plaisir ».


Devenir Vieux#1 | Devenir « Vieux »


Devenir « vieux », c’est quoi ? Parce que oui, c’est peut être bien par là qu’il faudrait commencer. Commencer par comprendre. Comprendre les changements, ce que cela implique, ce que cela signifie, comprendre le ressenti et les besoins des personnes âgées.

Nadia Sahmi nous dira « une personne âgée ne se définit pas par son âge ». En effet, certaines personnes ne se sentiront pas âgées à 65 ans, voire même à 80. Une personne âgée est avant tout une individualité, une et indivisible, capable de continuité de mémoire et de réflexivité. Une personne bercée par la possibilité de croire, de réfléchir, d’agir en liberté et en contrainte.

Le senior est pluriel et complexe, à l’opposé strict des paradigmes sociaux et psychologiques, imposés par notre société.

Vieillir, c’est simplement changer de rythme. Une personne se définit par son parcours de vie, physique et psychique. De ce fait, elle se sentira âgée, c’est à dire abîmée par la vie, au regard de ce qu’elle aura vécu.


Quatre générations sous le même toit#2 | Quatre générations sous le même toit.


C’est la première fois que nous sommes quatre générations à vivre ensemble. C’est la première fois que nous expérimentons un nouveau mode de vie. Enfants, parents, grands-parents et arrière-grands-parents se connaissent, se côtoient, vivent ensemble. Nous sommes en train de nous adapter à une nouvelle situation.

Nous vivons ce qu’on appelle une transition démographique. Le nombre de seniors augmente et dans deux ans (en 2020), il y aura en France, deux fois plus de personnes âgées qu’en 2005. Ce sujet d’envergure nous impose de mettre en place des process qui changent le regard de la société sur le vieillissement, qui l’humanise et le décloisonne.

Nous devons aller vers le modèle du vivre avec et du vivre ensemble, un modèle gai et coloré, qui créera du lien. Il faut qu’on donne le choix.


Dépasser les limites du bâti#3 | Dépasser les limites du bâti


« Actuellement, le maintien à domicile équivaut à du confinement à domicile. Tel qu’il est pensé, il génère du mal-être, il génère du malheur, c’est violent et il faut en sortir ». (N.S)

La société met en avant le maintien à domicile des personnes âgées en proposant des solutions technologiques et architecturales pour faciliter leur quotidien. Mais, penser uniquement logement, penser uniquement aménagement, penser uniquement adaptation de la salle de bain est beaucoup trop réducteur.

Il est nécessaire de trouver des solutions répondant aux attentes, conscientes et inconscientes des personnes avançant en âge. « On ne peut plus réduire la Silver Economie au seul « jeune retraité actif et consommateur » ou au seul « vieux grabataire à charge » ». (N.S)

Nous pensons qu’il est nécessaire de mettre de côté le terme « logement », employé aujourd’hui à tord et à travers. Il faut aller au-delà, dépasser les limites du bâti.

La vie d’une personne âgée se résume-t-elle à son logement ? Non, bien sur que non ! Parler d’Habitat, de lieu de vie, est plus juste. Un lieu de vie qui comprend le logement certes, mais aussi l’immeuble, ses abords et son voisinnage, le quartier, ses services et ses commerces… Il faut considérer le logement comme un habitat, l’habitat dans un quartier, le quartier avec ses habitants.

« C’est une approche systémique englobant Bâti, Technologie, Organisationnel et Humain qui est à développer sur l’ensemble du territoire », insiste Nadia Sahmi. « La méthode BTOH » comme aime l’appeler Alexandre Petit.


La Silver Economie, un marché complexe et transversal#4 | La Silver Economie, un marché complexe et transversale


La Silver Economie illustre l’interêt grandissant des industriels et entrepreneurs pour les seniors. Le terme « Silver » fait référence à la couleur argentée des cheveux des personnes âgées, quant au terme « Économie », il fait lui référence à tous les secteurs qui sont impactés par l’avancée en âge de la population.

En février 2014, l’État français commence à s’interroger sur les nouveaux besoins de sa population vieillissante. La Silver Economie devient petit à petit une véritable économie, portant sur plusieurs marchés à destination des personnes âgées.

Mais la Silver Economie aujourd’hui, qu’est ce que c’est réellement ? C’est un écosystème transverse et complexe. Aujourd’hui, la réalité du terrain de la Silver Economie est bien loin de ce qui est véhiculé dans l’inconscient collectif. Quand on regarde concrètement les acteurs économiques qui sont sur le marché, quand on creuse et qu’on regarde ceux qui sont rentables, les produits et les services qui ont un vrai modèle économique, un canal de distribution fiable… On se rend compte qu’il y a un monde entre la théorie et la pratique.

La réalité des choses, c’est que tout n’est pas qu’une question d’argent, de nouvelles technologies, de montants de retraite, de structures de soins. Les personnes âgées ne sont pas un « produit » de la Silver Economie à équiper de silver technologies.

Aujourd’hui, il manque quelque chose dans l’équation, et ce quelque chose c’est la prévention. Nous devons être proactif dans notre politique plutôt que réactif. Et c’est à la société de réagir et de trouver les bonnes réponses aux problématiques actuelles.

Selon Alexandre Petit, les premières réponses se trouvent dans le déploiement d’une politique d’anticipation, « il faut que nous arrêtions de faire du correctif et de dire : mamie est tombée, elle est restée toute la journée par terre, et aujourd’hui elle ne peut plus rentrer chez elle. Donc mamie déménage en Résidence Autonomie, puis en EHPAD. Ce schéma là ne correspond plus à la population actuelle. Le parcours résidentiel doit être repensé, il doit évoluer et être mis au goût du jour, car une chose est sûr, nous voulons tous vieillir à domicile. »


Welcome dans l’ère de la Silver And Co#5 | Welcome dans l’ère de la Silver And Co


Aujourd’hui, « on ne crève pas parce qu’on est vieux, on crève parce qu’on est seul. On crève d’isolement. Et c’est à nous tous de reconsidérer cela et de prendre à bras le corps ce problème. La mort fait partie de la vie. On meurt parce que c’est une finalité en soi, incontournable, certes, mais on peut aussi mourir jeune. C’est là que la société se trompe. Il faut permettre à tout un chacun de cultiver sa jeunesse jusqu’au bout. Il ne faut plus penser Silver Eco, il faut penser Silver And Co. ». (N.S)

La Silver And Co va, nous l’espérons, petit à petit, entrer dans les moeurs et prendre place. La société n’a d’autre choix que d’évoluer, et progressivement, aller vers ce nouveau modèle qui reconsidère l’être humain, en cessant de le catégoriser et de l’enfermer à travers cette donnée que nous nommons : l’âge.

Lorsque nous aurons dépassé cela, et cessé de voir l’évolution à travers une approche purement économique et commerciale, alors c’est là que nous allons devenir bon. C’est en pensant Silver And Co que nous allons commencer à apporter les réponses qu’il faut à la société. La Silver And Co impose de décloisonner les sujets, les tranches d’âge, le « vivre avec » et le « vivre ensemble ».

Pour Alexandre Petit, la Silver And Co se définit en trois axes :

  • Aujourd’hui, il est nécessaire de travailler sur le couple aidant/aidé et non pas uniquement sur le senior.
  • L’innovation technologique va de pair avec l’innovation d’usage et doit servir le lien social et rompre l’isolement avant tout.
  • La pluridisciplinarité est essentielle pour créer une politique efficiente à destination de TOUS les seniors, dans leur plus grande diversité.

Faire du beau, du bon et de la qualité c’est bien, mais insuffisant. Pour que cela fonctionne, il faut surtout commencer par re-contextualiser les mémoires, les besoins et les usages.

« Si demain, toutes les mutuelles financent des diagnostics de prévention, c’est parce que nous aurons réussi à les convaincre qu’humainement et économiquement, investir dans la prévention et le respect de la personne rapporte plus que de rester dans l’urgence de la réparation d’un corps anonyme juste vieillissant.
Et je suis persuadé que si nous lançons des campagnes de prévention, si nous anticipons les effets du vieillissement, si nous parlons de ce sujet, sans stigmatisation ni cloisonnement, alors il rentrera dans les moeurs et les consciences. Et nous y gagnerons tous.
Aujourd’hui les accidents de la route, c’est 3000 morts par an, tout le monde connait, les campagnes de communication s’enchaînent.
Et la chute ? [blanc]
Dix mille. [blanc]
Voilà ». (A.P)

Après plusieurs missions réalisées dont une étude sur la rénovation des logements au vieillissement des personnes âgées du quartier de Saragosse, à Pau, nous défendons aujourd’hui la Silver Economie raisonnable et responsable. Cette dernière étude, réalisée en partenariat avec les entreprises Cogito Ergo Sum, La Conciergerie Solidaire et My Olympe, nous a permis de définir une nouvelle approche, humaine et systémique, que nous avons nommée : La Silver And Co.

Ainsi, le confinement, la surprotection voir l’infantilisation des personnes âgées, la sectorisation des aînés et des aidants par âge, la stigmatisation et l’institutionnalisation du handicap et du vieillissement sont autant de concepts sur lesquels nous nous mettons en opposition franche.

A l’inverse, nous plaidons pour un attachement fort au territoire dans un objectif de maintien sur son lieu de vie. Nous plaidons pour le choix libre et en conscience de son projet de vie et veillons à l’intégration de nos aînés pour ne plus qu’ils subissent leurs parcours résidentiels. Nous plaidons la Silver And Co : passer du « je » au « nous », pour une réciprocité partagée. Nous plaidons pour une innovation par les technologies favorisant la relation à l’autre.

Le recul que nous avons aujourd’hui nous permet d’affirmer que le ciblage intensif « pour personnes âgées » entache la cohésion sociale. Les services, les logements, les produits spécifiquement et uniquement réservés aux seniors accentuent la catégorisation de la population par âge et distancie toujours un peu plus les générations les unes des autres.

Un habitat favorable au vieillissement repose sur une approche organisationnelle, bâti, humaine et technologique qui exige de :

  • Faire évoluer la qualité de services et des acteurs territoriaux
  • Faire évoluer la qualité des aménagements des espaces intimes et partagés
  • Faire évoluer la qualité humaine des équipements technologiques

« L’expérience de chacun est le trésor de tous. »
Gérard de Nerval, La bohème galante

Par : Léa Kessler – Alogia